La chasse en général, c’est aussi une affaire de spécialistes !


Vous avez sans doute déjà entendu parler de « chasse spécialisée » ou d’« Association de Chasse Spécialisée ». Ces expressions découlent de la loi chasse de 2000 et sont depuis usitées dans le monde cynégétique ; le sigle « ACS » est entré dans notre langage courant. S’il y a des « chasses spécialisées », c’est donc qu’il y aurait une « chasse généraliste », ce n’est pas un problème en soi, sauf à vouloir considérer que le « spécialiste » n’aurait pas à s’exprimer sur autre chose que sa « spécialité » !
Il y a matière à dire sur la genèse de ces formules, leurs réelles significations et leurs utilisations. Par quoi et comment définit-on les unes et les autres ?
Sous le vocable de « chasse spécialisée », on trouve un peu de tout : la vénerie, la chasse à l’arc, des chasses traditionnelles, mais aussi la chasse du grand gibier, du petit gibier, celle du gibier d’eau… Quand on parle d’ACS, c’est aussi divers, sont par exemple considérés comme ACS : la FFCA, l’ANCGG, l’ANCGE ou le Club des Galliformes et petit gibier de Montagne, mais aussi les « Jeunes Chasseurs » ou « La chasse au féminin »… En gros est dite « ACS », toute association dont les membres pratiquent un mode de chasse particulier ou s’adressent à une espèce particulière (bécassine) ou à une catégorie de gibiers (grands, petits, eau, montagne…), mais aussi celles dont les membres revendiquent une caractéristique « particulière », une « différence » ( jeunes, femmes…). Au final, le terme peut bien vouloir dire tout ou presque.
Ce qui est curieux dans cette affaire de sémantique, c’est qu’on ne parle jamais de « chasse généraliste » ou« d’Association de Chasse Généraliste », ce qui pourtant serait logique tant sur le plan de la sémantique que du langage courant ; ce terme n’est jamais utilisé, comme si ce qu’il désigne, la « chasse généraliste », n’existait pas !
Bien sûr, cela n’est qu’apparence et illusion ! Car si on n’en parle jamais directement de chasse « généraliste », on en parle bien implicitement sans la nommer chaque fois que l’on parle de chasse spécialisée ou d’ACS. Ne pas nommer les choses a un avantage (ou un inconvénient, c’est selon) : cela évite d’avoir à les décrire… Pourtant, utiliser ces termes de « spécialisée » ou de « généraliste » dans le langage courant a du sens, cela signifie bien quelque chose… sauf que l’on reste dans le non dit.
Le tour d’illusion est ainsi accompli, personne ne sait dire ce qu’est un « chasseur généraliste », mais chacun peut dire qu’il en est ! S’agissant « d’associations généralistes », les choses sont plus simples : il convient d’utiliser le singulier « association généraliste », car la seule qui échappe au qualificatif d’ACS est la FNC. Fédération qui, il faut le rappeler, n’est qu’une association. Certes une association à adhésion obligatoire, certes une association qui s’est vu attribuer par délégation une mission de service public, dont elle peut se prévaloir à juste titre et dont elle n’a pas à rougir... Il faut bien le dire la FNC n’est pas une association tout à fait comme les autres.
La conséquence de tout cela ? Nous vivons tous avec le mythe qu’il y a « une grande famille des chasseurs »,  à laquelle nous appartenons tous, et qu’en ces temps incertains, le seul rempart qui vaille contre les méchancetés du sort consiste à parler d’une seule voie « celle des généralistes », en gros celle de la FNC et de ses organes d’expression, et que les ACS n’ont qu’à s’occuper de leur « spécialité ». Ainsi, la FFCA ne devrait s’occuper que « de plumes et de flèches », et laisser les sujets d’intérêt général, les sujets sérieux à d’autres…
Sauf que nous prenons un parti opposé ! Si, nous ne renions pas le caractère particulier de notre mode de chasse, voire même si on est pas peu fier de nos particularismes, nous ne renions pas notre capacité d’expression au nom de la chasse en général… Nous refusons le carcan des ACS, tout comme le prêt à penser cynégétique…
Nous revendiquons la liberté de penser la chasse dans toutes ses dimensions, à notre convenance et nous assumons notre liberté de ton… La chasse à l’arc nous apprend à inventer de nouvelles règles, de nouveaux concepts, tout en nous ressourçant au plus profond des traditions cynégétiques millénaires… Avant d’être sociale et économique, la chasse est d’abord culturelle : c’est dire si le discours sur la chasse ne peut en aucun cas constituer un monopole administratif (1). En cela nous sommes aussi légitimes à parler de tout sur la chasse que tout chasseur, toute association de chasseurs ou toute administration : nous parlons donc de tout et à tous, y compris aux non-chasseurs, n’en déplaise à certains.

Laurent Wild

1) Sauf dans les régimes totalitaires, où tout est effectivement une affaire d’état et d’administration…

 

 

Chasser avec authenticité, c'est respecter le sauvage

■■ Si le sauvage revient à la mode…

L’idée scientiste actuelle est de voir en l’homme une espèce comme les autres, comme si tout n’était qu’affaire de biologie ! Pourtant, aucune espèce n’est comme une autre ; plus que des populations, nous sommes des peuples, et ce qui nous singularise, jusqu’à preuve du contraire, c’est la question primordiale du sens de nos vies ; nous sommes les seuls êtres vivants capables de choisir la mort pour des idées, ou de l’infliger sans raison immédiatement vitale. Dans le même temps et paradoxalement, une autre tendance voudrait, au nom d’une morale, éliminer définitivement toute trace de notre animalité, en premier  lieu nos sens de prédateur !
Allez comprendre quelque chose à ces contradictions ?  Cela dit, il semblerait que le côté « prédateur » de l’homme revienne à la mode ; c’est en tout cas la conclusion d’un professeur d’ethnologie dans son dernier essai (1). À partir de l’inversion des valeurs constatée au xxe siècle entre le sauvage et le domestique (hier le domestique et le cultivé s’opposaient positivement au sauvage dangereux ; aujourd’hui, le sauvage représenterait plutôt le positif, le paradis perdu !), Sergio Dalla Bernardina remarque que l’instinct de prédation réapparaît  de plus en plus dans notre société, et sans complexe.
Cet instinct serait donc bien une caractéristique partagée avec d’autres espèces, et il ne serait pas « mal » en soi. En citant José Ortega Y Gasset : « Ainsi, le principe qui inspire la chasse sportive est de  perpétuer artificiellement, comme une possibilité pour l’homme, une situation archaïque au plus haut point : la situation primitive dans laquelle, déjà humain, l’homme vivait encore dans l’orbite de l’existence animale »,  l’auteur dépasse l’explication alimentaire ou rationnelle de la chasse, et réhabilite ainsi la chasse sportive. Plus encore, en citant Philippe Descola (2) il voit dans la prédation humaine comme une sorte de philosophie du rapport à l’autre : « La prédation comme incorporation de l’autre », ce qui rejoint une remarque de Jocelyne Porcher que nous avions notée lors des journées de Larrazet 2010 : « Nous sommes ce que nous  mangeons ».
Bonne nouvelle donc que ce nouveau regard sur la chasse ; et quelques chasseurs de s’en réjouir, d’acter du bénéfice de l’affaire, comme nos amis du Saint Hubert Club de France (3).

■■… c’est dommage que le chasseur persiste dans la domestication du sauvage !

Mais si le sauvage revient à la mode, il est alors paradoxal que le chasseur « moderne » soit finalement, parmi ses amoureux amoureux déclarés, celui qui poursuit sa domestication, le réduisant parfois à néant au
travers d’une extrême artificialisation de l’acte de chasse. Car il suffit de parcourir la plupart des catalogues de chasse ou les allées des salons cynégétiques, d’analyser les politiques cynégétiques mises en oeuvre ces dernières décennies, de goûter la soupe qu’on nous somme d’apprécier (« Si vous critiquez la pratique du gibier d’élevage, vous vous désolidarisez du monde de la chasse ! ») pour comprendre que la chasse n’est dans bien des cas qu’un processus de réduction du sauvage, parfois de seule logique industrielle ! 
Ce retour en grâce du sauvage, nos amis ne devraient pas se contenter de  s’en réjouir tout en continuant de promouvoir toutes sortes d’ersatz de chasse ou de politiques de domestication de nos espèces, mais plutôt de comprendre l’enjeu que cela représente, les leviers que ça offre et… les impasses que ça révèle.

■■Respecter le sauvage : une valeur que la FFCA défend explicitement depuis longtemps

Le chasseur se place à la périphérie de la civilisation, en initié capable de faire des incursions dans le sauvage et d’en revenir, en prenant soin justement de le laisser… sauvage, de le respecter (« Laisser le sauvage au sauvage »). Si être chasseur  est une condition particulière, ce n’est que parce que le sauvage demeure ; si ce dernier disparaît, la chasse perd son sens et le chasseur perd son rang, se dilue dans le commun et disparaît à son tour !
Bien des chasseurs à l’arc fantasment sur ce sauvage (j’en suis) qui est trop souvent réduit à peu de choses chez nous.  Et même si finalement nous surfons quasiment sur un mythe, notre pratique nous rend malgré tout capables de tirer parti des moindres particules de sauvage qui subsistent dans notre pays : en chassant avec authenticité, nous tirons parti du peu de sauvage qui demeure chez nous et nous le respectons.
C’est à cette condition que la chasse peut être une alternative à la vie de tous les jours, une façon de n’être justement pas « branché », mais d'être au contraire « débranché », libéré. C’est à cet effet que la fédération va à l’encontre de ce que  le monde cynégétique promeut aujourd’hui en matière de pratiques artificielles : la FFCA porte ce que chaque chasseur à l’arc porte en lui, elle propose une façon de résoudre nos  contradictions…


J.-M. Harmand

1) « Le retour du prédateur », Sergio Dalla Bernardina, Presses Universitaires de Rennes.
2) « Par delà nature et culture », Philippe Descola.
3) Le Saint Hubert n° 100, avril 2012.

 

 

Vive (la)  

>-->-Chasse à l'Arc ->

Il n’y a maintenant plus de doute, ami lecteur… Si tu lis ces lignes, c’est la preuve que notre nouvelle revue est désormais réalité. Ainsi, nous avons tenu l’engagement pris il y a maintenant un an de créer une nouvelle revue qui prenne la suite de Trait 
d’Union. Nous voulions une revue qui s’inscrive dans la continuité, non dans la rupture, mais qui ouvre de nouvelles pos-sibilités… Une revue qui permette de traiter plus et mieux les sujets qui nous plaisent, à nous, chasseurs à l’arc, à nous, adhérents et militants de la FFCA. Une revue qui soit encore plus visible et plus lisible par les autres chasseurs, et aussi par tous ceux que la chasse en général et la nôtre en particulier pourrait intéresser. Nous voulions une revue dont on puisse tous être fiers, qu’on puisse montrer pour sa qualité ou brandir comme un drapeau, une revue qui ait sa place partout.

Nous voulions une revue pour tous, qui parle de tout ce qui nous touche ou nous concerne, sans détour ni complai-sance, sans jamais renoncer à aborder les sujets complexes. Une revue pour tous, qui mise sur l’intelligence du lecteur, de tous les lecteurs, une revue qui ne renonce pas à rendre intelligible des sujets ou des réflexions complexes. Nous voulions une revue qui soit le contraire de l’élitisme sans jamais sombrer dans la facilité, le renoncement ou le mépris pour ceux qui ne font pas partie des élites cynégétiques.
Nous voulions aussi une revue qui fasse rêver, qui donne des envies de forêt et de chasse, une revue qui parle de nos terroirs et des hommes des bois que nous voulons être avec authenticité.
Est-ce que la revue que tu as entre les mains répond à toutes ces attentes ? C’est à toi, ami lecteur, de le dire et en toute modestie, je m’en remets à ton jugement.
Avec l’équipe de rédaction et tous ceux qui collaborent à la revue, nous avons fait de notre mieux, tu peux en être certain. Nous avons le sentiment du travail bien fait, mais aussi la conscience des limites et des améliorations qui sont à apporter.

Cher lecteur, c’est avec un pincement au cœur que je dis au revoir à Trait d’Union : je sais que tu as été présent et fidèle au cours des neuf années qu’aura duré TU, et je sais que tu partages ce sentiment. J’ai encore en souvenir les encouragements et les signes d’amitié que tu as adressés à la revue au cours de ces années ; ils me font encore chaud au cœur. Mais si TU disparaît, c’est pour mieux continuer sous d’autres couleurs ! La carrosserie change, mais le moteur reste le même ! Ne soyons pas nostalgiques, l’aventure continue… En mieux et en plus grand. Comme Trait d’Union l’a été, sera une revue indépendante au plan financier comme au niveau éditorial, mais sera encore plus belle, et encore plus claire, sans tabou ni complexe. Comme Trait d’Union,  sera une revue engagée et militante, au service des chasseurs et de rien d’autre. Comme Trait d’Union,  sera une revue entièrement bénévole, fruit du travail et de la collaboration des adhérents FFCA, mais de qualité professionnelle.
Allez, Cher lecteur et ami, avec toute l’équipe de rédaction, je te souhaite autant de plaisir à lire ce Numéro 1 que nous en avons eu à le faire !
Bonne lecture, à très bientôt pour le Numéro 2 et vive (la) Chasse à l’Arc !

Laurent WILD

 

 

  • Entre –15 000 et –10 000 ans, les hommes chassent à l’arc
  • Protohistoire (préhistoire/histoire) : l’arc devient guerrier
  • XVe siècle : l’arc perd son utilité pour la chasse et la guerre
  • 1865 : renouveau de la chasse à l’arc aux USA, Maurice et William Thompson
  • 1911 : découverte de l’indien Ishi (Yahis), initiation du Dr Saxton Pope et de son ami Arthur Young à la chasse à l’arc par Ishi
  • 1969 : invention de l’arc à poulies par Holles W. Hallen
  • 1969 : création première association de chasseurs à l’arc en France (ASCA)
  • 1986 : création Fédération des Chasseurs à l’Arc (FCA devenue FFCA)
  • 1995 : réglementation spécifique et positive (arrêté ministériel)
  • 2008 : chasse accompagné à l’arc ; ouverture aux étrangers (arrêté ministériel)